La brève histoire de
Francis-Barnett
Qui se souvient de cette marque de Coventry
aujourd'hui disparue ? Ben, ma mère : en tant qu'infirmière à l'ONE
dans l'immédiat d'après guerre, elle en possédait une pour se
rendre dans son secteur de consultation. Certes, elle a pesté
souvent sur ses pannes à répétition mais grâce à sa
motocyclette, elle s'est fait de bons amis au garage d'Hastière
que sa Francis-Barnett avait l'habitude de fréquenter
assidûment...
A sa décharge, cette motocyclette n'était
vraiment plus toute neuve : ma mère l'avait rachetée fin des
années 40 au brave curé de Feschau…
Des géniteurs
connus.
Cette marque est fondée en
1919 par Gordon Francis et d'Arthur Barnett. Gordon Francis est
le fils de Graham Francis qui, associé à Richard
Lea, produit
depuis 1895 des motos puis des voitures sous la marque "Lea-Francis".
C'est donc en terrain connu que les deux compères décident de
s'associer pour fabriquer des motos légères. Ils estimaient, à
juste titre, qu'après guerre, la motorisation de masse était
devenue inévitable et qu'en conséquence il y avait là un marché
à prendre.
La première
Francis-Barnett voit ainsi le jour, elle est propulsée par un
moteur JAP à soupapes latérales de 292 cm³. En 1923, un nouveau
cadre tubulaire révolutionnaire est mis au point, il est plus
rigide et très léger et en plus, les roues peuvent en être
aisément désolidarisées. Pour le lancement de la "Fanny B", le
slogan de la marque est suffisamment univoque : "Built like a
bridge", d'ailleurs l'usine se permet de garantir le cadre à
vie. Pour la propulsion, un moteur Villier de 147 cm³ deux temps
avec un " kick-starter " a été monté. Sa transmission se réalise
par une boîte à deux vitesses.
Vu la méthode de
fabrication, le prix de cette nouvelle moto avoisine les 25 £.
Parallèlement à la Fanny B, Francis-Barnett produit des 250 cm³
et des 350 cm³ pouvant être livrées avec des side-cars.
Sa consolidation
En 1928, Francis-Barnett lance sa Pullman avec un moteur Villier
de 344 cm³ avec une boîte de trois vitesses. Ce moteur possède
des pistons en aluminium, une lubrification automatique
alimentée par le carter et une magnéto à volant a été montée
devant le moteur.
En 1933, c'est le tour de la Cruiser propulsé
par un 250 cm³ de faire son apparition sur les catalogues de la
marque, deux ans plus tard apparaît la Stag avec un moteur
Blackburn de 248 cm³ avec soupapes en tête. Peu de temps avant
la guerre, la Snipe de 125 cm³ et la Powerbike de 98 cm³ font
leur entrée sur le marché. Ces petites motos sont propulsées par
des moteurs deux temps.
En mai 1940, la Guerre éclate et la production
se poursuit. Cependant, le 14 novembre 1940, la Luftwaffe de
Göring fait un raid meurtrier sur Coventry et détruit une grande
partie de l'usine, annihilant ainsi l'effort de guerre consenti
par la firme.
L'après guerre,
c'est aussi la fin des combats…
Après la seconde guerre
mondiale, les Snipe et l'illustre motocyclette Powerbike de ma
mère sont reconduits avec plus ou moins de bonheur...
Comme en France, le temps est aux fusions et en 1947,
Francis-Barnet adhère au consortium Associated Motor Cycles Ltd
(AMC) qui regroupe les marques Matchless, AJS, Norton, James,
Sunbeam Motorcycle. A cette époque, la plupart des noms des
nouvelles motos produites porteront des noms d'oiseaux comme
Falcon, Hawk, Kestrel, Merlin, Plover et Snipe.
Dans les années 1950, la firme continue à produire des motos
réputées pour leur légèreté. Début 1960, afin d'améliorer les
performances commerciales du groupe AMC Ltd, la production est
transférée dans à Birmingham, berceau de la firme James et le
site historique de Francis-Barnett située à Lower Ford Street à
Coventry ferme définitivement ses portes.
Tout est dit : à partir de cette époque, les particularités des
Francis-Barnett s'estompent et les modèles sortant des chaînes
de production sont maintenant pratiquement identiques aux James
indépendamment des badges et des couleurs…
Face à l'offensive des motos japonaises, le groupe AMC Ltd
vivote jusqu'en 1966 où il sombre corps et biens.
Attention,
l'attribution de ces "noms d'oiseaux" n'ont absolument
rien à voir avec les pannes répétées de la Powerbike de ma
mère…