Spa Six Hours : un certain
parfum venu d'Angleterre
Texte &
photos : Benoît PIETTE
En septembre, s'il y a bien quelque chose
d'incontournable pour l'amateur de courses
de véhicules d'époque, ce sont bien les "Spa
Six Hours". Pour le propriétaire d'un
véhicule ancien, le plaisir est doublé car
se retrouver sur ce mythique circuit en
ancienne, ce n'est que du bonheur.
English,
isn't it ?
Le plateau
2008 n'a pas failli à la règle : il était, une fois de plus,
dominé par les véhicules d'Outre-Manche. Mais cette année, la
Perfide Albion avait fait fort ; au détour des stands où l'on
retrouvait les traditionnelles Jaguar, Ford Lotus Cortina et
autres MG, je suis tombé presque par hasard sur un véritable nid
de Bentley… mais pas n'importe lesquelles : celles qui ont couru
au Brooklands, au Tourist Trophy et Mans à l'époque de gloire
des inoxydables Bentley Boys ! Des 3-litres Speed Six, des 4 l ½
ainsi que des Blowers en pagaille ! Ces vénérables véhicules
n'ont que faire des concours d'élégance de Pebble Beach ou
autres mondanités frivoles, c'est sur piste qu'une voiture de
course a sa place et quel que soit son âge. Ces "camions les
plus rapides du monde" - comme se plaisait à dire Ettore Bugatti
- étaient encore dans leur jus, avec une patine incroyable, et
prêts à en découdre comme dans les années folles. Autour d'elles
quelques Aston Martin, Lagonda, Talbot London et autres Alvis
dans une livrée identique semblaient monter la garde autour de
ce patrimoine de sa Gracieuse Majesté.
Au gré des
paddocks, un spectacle réjouissant s'offrait au visiteur : des
peaufinages de moteurs dans une atmosphère bon enfant mais
terriblement professionnelle. Il faut saluer ici la gentillesse
de tous les mécanos qui ont permis au public de s'approcher de
ces monstres d'autrefois et de se laisser photographier en plein
travail. Certains allaient même jusqu'à se prêter au jeu en
disparaissant provisoirement du champ du photographe…
Les courses
se succédaient à un rythme soutenu, entrecoupées par les remises
de coupes et l'invariable "God Save the Queen" (à quelques
expressions près). Comme toutes épreuves automobiles, certains
accidents font frémir quand vous en êtes les témoins directs :
pendant les six heures, une magnifique Ford GT40 a ainsi perdu
une roue arrière en montant le Raidillon : après avoir tourné
comme une toupie, elle est venue se disloquer sur le mur de
pneus placé en haut du Raidillon. Malgré la brutalité du choc,
le pilote en est apparemment sorti indemne et heureusement, la
roue baladeuse a eu la délicatesse de choisir une trajectoire
sans danger pour les autres voitures engagées sur le circuit…
Les "Spa
Six Hours" c'est aussi…
Un
merveilleux lieu de rendez-vous où la Fédération Belge des
Véhicules Anciens (FBVA) avait convié tous ses membres à
participer en véhicules anciens à une concentration haute en
couleur sur un parking spécialement réservé à cet effet. En plus
d'une réduction à l'entrée et du parking gratuit, chaque
équipage recevait un cadeau de bienvenue, un petit café et un
lunch.
Cette année,
il n'y a pas eu de tour de circuit pour les ancêtres : la FBVA
n'a sans doute pas voulu renouveler l'expérience malheureuse de
l'année dernière où certains inscrits n'ont pas pu tourner sur
le plus beau circuit du monde. C'est dommage, mais
compréhensible vu que les créneaux d'utilisation du circuit
étaient très serrés et que le nombre d'inscrits était trop
élevé. Actuellement, la FBVA y travaille activement et il ne
serait pas exclu que l'année prochaine les ancêtres puissent à
nouveau se dégourdir les jantes sur le circuit. Ce défilé
d'ancêtres aura vraisemblablement lieu le dimanche après-midi.
Près de
l'emplacement de la FBVA, le Triumph Club de Belgique et l'Auto
Rétro Mosan avaient décidé de monter un stand. Peut-être est-ce
là une ébauche belge du "Grand Prix de l’Age d’Or" ?
Tout porte à
le croire, car l'événement a maintenant une portée
internationale vu le nombre d'Allemands, Anglais, Danois,
Français, Luxembourgeois, Néerlandais et Suédois que l'on
pouvait y rencontrer. Francorchamps est idéalement placé, et sa
position plus septentrionale attirerait beaucoup plus de
scandinaves et d'Anglo-saxons que pourrait en attirer le circuit
Dijonnais.
Sur le
parking réservé aux ancêtres, le nombre de véhicules alignés
était particulièrement élevé cependant, peu de voitures
antérieures à 1960 étaient présentes. On y retrouvait pêle-mêle
des Lotus dont une rare Europe, des MG et Triumph, une Jensen
Interceptor, plusieurs Alfa Romeo dont de beaux exemplaires
carrossés par Zagato, une meute de Ford Capri, une poignée de
BMW et enfin quelques rares françaises comme Matra, Panhard,
Simca, etc… Pour être complet, il faut signaler le peu
d'américaines représentées sur ce parking.
Son
avenir ?
On connaît le
retentissement que le "Goodwood Revival" et le "Le Mans Classic"
ont respectivement en Angleterre et en France. La Belgique n'a
certainement pas à rougir de son passé automobile, d'ailleurs
les Anglais ne s'y sont pas trompés : aux "Spa Six Hours", il
suffit de compter le nombre de véhicules immatriculées en
Angleterre pour en être convaincu.
Pourquoi dès
lors, ne pas envisager une "grande messe belge de l'automobile
ancienne" dans cette Ardenne chargée d'histoire automobile ?
N'oublions
pas que c'est dans la ville de Spa que fut organisée en 1896 la
première course de l’histoire du sport automobile belge. Six ans
plus tard - toujours en Ardenne - le premier circuit automobile
de l'histoire est créé. Faut-il encore rappeler qu'avant 1902,
les grandes courses n'étaient qu'itinérantes et que c'est le
Baron Pierre de Crawhez qui a eu l'idée de créer un circuit
routier fermé pour les courses d'automobiles et motocyclettes ?
Compte tenu
de cette longue et riche histoire, pourquoi donc ne pas
améliorer une formule qui a déjà un soutien Outre Manche ?
Info :
http://www.roadbook.be/SpaSixHoursFR/index.html